Enfant, qui n’a pas entendu “On ne joue pas avec la nourriture” tout en s’appliquant méthodiquement à creuser la montagne de purée pour y déposer la lave de sauce et créer une forêt de petit pois et carottes… L’amusement faisait partie du plaisir de la bouche. Chez le designer culinaire aussi.
Cette discipline, dont le credo pourrait être “manger est un plaisir de tous les sens”, n’est pas nouvelle: il s’agit en fait de penser le contenu et le contenant, ensemble, dans une démarche commerciale ou parfois plus luxueuse. On pense tout de suite à Ferran Adria et à la cuisine moléculaire, mais plus modestement, la délicieuse barre Toblerone ®, c’est du design culinaire aussi!
Parmi les dizaines de projets présentés ici, les idées foisonnent! On se régale avec les yeux de tant de créativité! On aime le design culinaire quand il est ludique et régressif, moins quand il est sérieux et trop scientifique (c’est mon avis!). La science, pour paraphraser Bureaux, ne doit pas être un objectif mais un moyen. Goût, saveur, texture entrent bien sûr en ligne de compte dans l’élaboration d’un tel projet. Qu’est-ce qui va cuire en premier lieu? Quelle est la partie de l’assiette à manger en premier? Quelle forme lorsque cela fond?
Les plus réussis sont souvent les plus simples, comme la version d’oeuf à la coque/mouillettes intégrées (Reyes Mora, 2009), les “Pâtadoigts” de Julie Rothhahn, petits dés de pâte à placer au bout de l’index pour plonger dans les sauces ou encore “Tarti’Nutella” (Patrick Jouin, 2003), moitié cuillère moitié spatule. Aussi amusantes qu’elles soient, ces démarches rejoignent très souvent la problématique de l’écologie et du non à l’emballage plastique, à la demande des industriels. Reste que ces créations ne sont pas à la portée du premier venu: les collaborations entre designers et cuisiniers sont indispensables. Mais rien ne nous empêche de jouer à l’apprenti sorcier dans notre cuisine. L’important, c’est de s’amuser en mangeant!
“Design culinaire”, Stéphane Bureaux et Cécile Cau, Eyrolles, décembre 2010, 205 pages.
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